| Le projet MADIO (Madagascar-Dial-Instat-Orstom), mis en place en
octobre 1994 pour une durée de deux ans, et cofinancé par
l'Union Européenne, l'ORSTOM et le Ministère Français
de la Coopération et du Développement, réunit deux
chercheurs de l'ORSTOM (dont un membre de DIAL), une allocataire de
recherche de DIAL, et cinq jeunes économistes malgaches. Basé
dans les locaux de l'Instat (Institut National de la Statistique), il a
pour objectif d'étudier les conditions de réussite de la
transition de l'économie malgache.
Engagée dans un processus de profondes restructurations
depuis le début des années 80, l'économie
malgache est aujourd'hui dans une situation critique : inflation
galopante, dépréciation de la monnaie, production
stagnante, pouvoir d'achat des ménages en chute libre. Les réformes
mises en oeuvre n'ont conduit qu'à un cercle vicieux de
contractions répétées de la demande, sans que le
chemin de la croissance de l'offre productive ne puisse être
trouvé. Pourtant, le potentiel économique de Madagascar
est réel (que ce soit en ressources physiques ou humaines) et
beaucoup avaient espéré qu'il pourrait enfin s'exprimer
pleinement, après le processus de transition politique.
Adoptant résolument une perspective à moyen terme de
la sphère réelle de l'économie, le projet a
retenu trois principaux axes d'études dans le vaste champ des
recherches en macroéconomie qu'il conviendrait de mener pour éclairer
les trajectoires potentielles de l'économie malgache : les
conditions de relance de l'offre, les contraintes et opportunités
de l'insertion dans l'économie mondiale et la sensibilité
de la demande et de l'emploi à la nouvelle donne économique.
Ceci présuppose l'existence d'un système
d'informations statistiques fiable et à jour ; condition qui
n'est malheureusement pas remplie. C'est pourquoi, le projet MADIO
inscrit une partie de son action dans le cadre de la réhabilitation
de l'appareil statistique malgache, grâce à une série
d'enquêtes statistiques portant sur divers thèmes d'intérêt
général.
Ce volet du programme comprend quatre opérations principales
:
- la reconduction dans l'agglomération d'Antananarivo de
l'enquête 1-2-3, sur l'emploi et le secteur informel, déjà
expérimentée par DIAL au Cameroun en 1993 et 1994. Les
trois phases de l'enquête ont d'ores et déjà été
réalisées, et les premiers résultats de la
phase 1, portant sur le marché du travail, sont disponibles ;
- la réalisation d'un recensement industriel qui permettra
d'obtenir des informations sur la structure industrielle malgache
ainsi que sur les perspectives de relance de l'offre productive
(notamment dans la zone franche, sur laquelle portent de nombreux
espoirs). L'opération est en cours ;
- la mise en place d'observatoires en zone rurale afin d'apprécier
la capacité des différents types d'agriculture de
Madagascar à réagir à la politique de libéralisation.
Quatre problématiques-clés pourront ainsi être
illustrées : réaction de l'agriculture de rente
(vanille-café dans la région d'Antalaha), intégration
au marché de l'agriculture rizicole familiale des hauts
plateaux (dans la région d'Antsirabe), évolution et
diversification des grands périmètres irrigués
(dans la région de Marovoay), contraintes de l'enclavement (pêche
et élevage dans la région de Tuléar) ;
- l'actualisation et l'extension de la couverture de l'indice des
prix à la consommation aux six capitales provinciales, ce qui
fournira des données sur les disparités régionales
ainsi que sur l'évolution du processus attendu de convergence
des prix.
Toutes ces opérations auront été lancées
avant septembre 1995, et on attend des résultats pour le
dernier trimestre. Dans tous les cas, elles s'inscrivent dans la
durée et seront renouvelées chaque année, au
minimum jusqu'au terme du projet.
En attendant les résultats de ces opérations, qui
constituent un investissement relativement lourd à
rendement différé, les données existantes ont
été valorisées, plus particulièrement
celles relatives à l'évolution des prix et du taux
de change et du commerce extérieur, au fonctionnement du
marché inter-bancaire des devises, et le marché au
travail (voir la liste des études réalisées).
Au-delà de l'intérêt de l'opération
pour la connaissance du processus de transition à
Madagascar, le projet MADIO constitue un nouveau pas en avant dans
l'affirmation de ce que l'on pourrait qualifier d'une "méthode
DIAL" pour l'analyse macroéconomique dans les pays
ACP. En premier lieu, elle consiste à allier une problématique
macroéconomique des principaux enjeux du développement,
à un travail de terrain approfondi. Cette méthode a
déjà été expérimentée
avec succès au Cameroun (voir Dialogue n° 1 et n°
2).
En second lieu, l'articulation entre un centre à Paris
(DIAL-Paris), et des antennes délocalisées dans les
pays sous-revue (ici MADIO à Madagascar), constitue le
moteur d'une fertilisation croisée pour des chercheurs amenés
à naviguer entre les deux, permettront d'intégrer
les nouvelles problématiques du développement, tout
en prenant en compte des contraintes et des enjeux qui ne peuvent
être révélés que par une pratique concrète
des économies des pays concernés. Cette articulation
s'est déjà concrétisée par plusieurs
missions de chercheurs de DIAL sur différents thèmes
du programme (prix, taux de change, secteur industriel, modélisation,
secteur bancaire, enquête 1-2-3).
Contacts :
Projet Madio - Madagascar - INSTAT - Bureau 308 - BP 485 - Anosy
- Antananarivo 101
Tél. : 19.261. 2. 258.32 - Fax : 19.261.2. 330.98
François Roubaud - Mireille Razafindrakoto
|