DIALOGUE
N°3 - June 1995

LE PROJET MADIO
Pour un appui à la réflexion macroéconomique à Madagascar

Le projet MADIO (Madagascar-Dial-Instat-Orstom), mis en place en octobre 1994 pour une durée de deux ans, et cofinancé par l'Union Européenne, l'ORSTOM et le Ministère Français de la Coopération et du Développement, réunit deux chercheurs de l'ORSTOM (dont un membre de DIAL), une allocataire de recherche de DIAL, et cinq jeunes économistes malgaches. Basé dans les locaux de l'Instat (Institut National de la Statistique), il a pour objectif d'étudier les conditions de réussite de la transition de l'économie malgache.

Engagée dans un processus de profondes restructurations depuis le début des années 80, l'économie malgache est aujourd'hui dans une situation critique : inflation galopante, dépréciation de la monnaie, production stagnante, pouvoir d'achat des ménages en chute libre. Les réformes mises en oeuvre n'ont conduit qu'à un cercle vicieux de contractions répétées de la demande, sans que le chemin de la croissance de l'offre productive ne puisse être trouvé. Pourtant, le potentiel économique de Madagascar est réel (que ce soit en ressources physiques ou humaines) et beaucoup avaient espéré qu'il pourrait enfin s'exprimer pleinement, après le processus de transition politique.

Adoptant résolument une perspective à moyen terme de la sphère réelle de l'économie, le projet a retenu trois principaux axes d'études dans le vaste champ des recherches en macroéconomie qu'il conviendrait de mener pour éclairer les trajectoires potentielles de l'économie malgache : les conditions de relance de l'offre, les contraintes et opportunités de l'insertion dans l'économie mondiale et la sensibilité de la demande et de l'emploi à la nouvelle donne économique.

Ceci présuppose l'existence d'un système d'informations statistiques fiable et à jour ; condition qui n'est malheureusement pas remplie. C'est pourquoi, le projet MADIO inscrit une partie de son action dans le cadre de la réhabilitation de l'appareil statistique malgache, grâce à une série d'enquêtes statistiques portant sur divers thèmes d'intérêt général.

Ce volet du programme comprend quatre opérations principales :

  • la reconduction dans l'agglomération d'Antananarivo de l'enquête 1-2-3, sur l'emploi et le secteur informel, déjà expérimentée par DIAL au Cameroun en 1993 et 1994. Les trois phases de l'enquête ont d'ores et déjà été réalisées, et les premiers résultats de la phase 1, portant sur le marché du travail, sont disponibles ;
  • la réalisation d'un recensement industriel qui permettra d'obtenir des informations sur la structure industrielle malgache ainsi que sur les perspectives de relance de l'offre productive (notamment dans la zone franche, sur laquelle portent de nombreux espoirs). L'opération est en cours ;
  • la mise en place d'observatoires en zone rurale afin d'apprécier la capacité des différents types d'agriculture de Madagascar à réagir à la politique de libéralisation. Quatre problématiques-clés pourront ainsi être illustrées : réaction de l'agriculture de rente (vanille-café dans la région d'Antalaha), intégration au marché de l'agriculture rizicole familiale des hauts plateaux (dans la région d'Antsirabe), évolution et diversification des grands périmètres irrigués (dans la région de Marovoay), contraintes de l'enclavement (pêche et élevage dans la région de Tuléar) ;
  • l'actualisation et l'extension de la couverture de l'indice des prix à la consommation aux six capitales provinciales, ce qui fournira des données sur les disparités régionales ainsi que sur l'évolution du processus attendu de convergence des prix.

    Toutes ces opérations auront été lancées avant septembre 1995, et on attend des résultats pour le dernier trimestre. Dans tous les cas, elles s'inscrivent dans la durée et seront renouvelées chaque année, au minimum jusqu'au terme du projet.

    En attendant les résultats de ces opérations, qui constituent un investissement relativement lourd à rendement différé, les données existantes ont été valorisées, plus particulièrement celles relatives à l'évolution des prix et du taux de change et du commerce extérieur, au fonctionnement du marché inter-bancaire des devises, et le marché au travail (voir la liste des études réalisées).

    Au-delà de l'intérêt de l'opération pour la connaissance du processus de transition à Madagascar, le projet MADIO constitue un nouveau pas en avant dans l'affirmation de ce que l'on pourrait qualifier d'une "méthode DIAL" pour l'analyse macroéconomique dans les pays ACP. En premier lieu, elle consiste à allier une problématique macroéconomique des principaux enjeux du développement, à un travail de terrain approfondi. Cette méthode a déjà été expérimentée avec succès au Cameroun (voir Dialogue n° 1 et n° 2).

    En second lieu, l'articulation entre un centre à Paris (DIAL-Paris), et des antennes délocalisées dans les pays sous-revue (ici MADIO à Madagascar), constitue le moteur d'une fertilisation croisée pour des chercheurs amenés à naviguer entre les deux, permettront d'intégrer les nouvelles problématiques du développement, tout en prenant en compte des contraintes et des enjeux qui ne peuvent être révélés que par une pratique concrète des économies des pays concernés. Cette articulation s'est déjà concrétisée par plusieurs missions de chercheurs de DIAL sur différents thèmes du programme (prix, taux de change, secteur industriel, modélisation, secteur bancaire, enquête 1-2-3).

    Contacts :
    Projet Madio - Madagascar - INSTAT - Bureau 308 - BP 485 - Anosy - Antananarivo 101
    Tél. : 19.261. 2. 258.32 - Fax : 19.261.2. 330.98
    François Roubaud - Mireille Razafindrakoto


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