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Les débats en cours autour de la crise de l’aide
se sont traduits par une profonde refonte des
procédures d’allocation et de mise en œuvre de
l'Aide Publique au Développement. Par exemple,
dans le cadre des réductions de dette (PPTE et
C2D), un accent nouveau est mis sur les
questions de transparence de la dépense publique
(budgets orientés par les objectifs), sur la
coordination des bailleurs de fonds et sur
l'emploi généralisé de l'aide budgétaire.
Or, le nouvel
habillage des politiques d'aide tend à masquer
le fait que tant les travaux théoriques
qu'empiriques sur ce sujet sont peu
satisfaisants. L’étude économétrique de Burnside
et Dollar (2000) a imprimé dans les esprits
l’idée que l’efficacité de l’aide au
développement dépendait de la qualité des
politiques menées par les pays récipiendaires.
Collier et Dollar (2001) ont tiré les
conséquences de ce principe en l’associant à
l’objectif international de réduction de la
pauvreté. Ils en ont dérivé qu’une réallocation
de l’aide se fondant sur deux critères, (i)
qualité des politiques mises en œuvre et (ii)
nombre de pauvres, pourrait sensiblement
faciliter la réalisation de l’objectif de
division par deux de la pauvreté à 1$ à
l’horizon 2015. Beaucoup d’études économétriques
ont depuis montré la fragilité des résultats
selon lesquels l’aide est plus efficace dans de
bons environnements macro-économiques ou
institutionnels. Même si l’économétrie n’apporte
pas une corroboration satisfaisante, il est
toutefois difficile de se convaincre que cet
argument d’efficacité conditionnelle est
totalement sans valeur. En fait, une autre
question se pose quant aux normes de justice qui
sont sollicitées pour produire l’allocation
optimale de l’aide. S’agit-il ainsi de maximiser
la réduction de la pauvreté parmi les citoyens
du monde ou d’égaliser les chances de sortir la
pauvreté entre ces mêmes citoyens ? Au regard de
l’égalité des chances, les critères de « mérite
» utilisés, sur la base de la qualité des
politiques ou des institutions, risquent
d’avantager les citoyens des pays déjà favorisés
par leur géographie ou leur histoire.
Dans ce contexte, on se propose de faire avancer
la connaissance en s'interrogeant à la fois sur
les objectifs et les modalités de l'aide, sur
son efficacité et sa répartition (en
particulier, comment définir des critères
rigoureux et justes d'allocation) et sur son
financement. Une synthèse critique des études
antérieures sur l’efficacité et sur l’allocation
internationale de l’aide a été effectuée. Il est
proposé une nouvelle façon d’aborder la
question, sur la base d’une axiomatique
permettant de réconcilier trois critères dans
l’analyse : un critère de mérite (effort
politique), un critère d’éligibilité (besoin
d’aide) et un critère de handicap. D’autres
recherches abordent l’efficacité de l’aide sur
le long terme, en examinant non pas son impact
immédiat sur la croissance comme la plupart des
travaux macro-économiques existants, mais plutôt
son effet sur plusieurs variables intermédiaires
du développement : dépenses publiques,
infrastructures, institutions, etc. Enfin il
convient de noter que les recherches concernant
l’évaluation des projets de développement (voir
1.4 par exemple) abordent l’efficacité et
l’équité de l’action de l’aide, dans la mesure
où de nombreuses actions en matière d’éducation,
d’accès à l’eau, de santé sont financées par
l’aide internationale, surtout dans les pays les
plus pauvres.
Publications récentes
COGNEAU D., NAUDET J.-D. (2004), « Who deserves aid ? Equality of
opportunity, international aid and poverty reduction », Document de
travail DIAL
N°2004-10, Décembre.
CHAUVET L. (2003), « How Socio-Political Instabilities Influence Aid
Allocation », European Journal of Political Economy 19(1), pp.33-59.
CHAUVET L., GUILLAUMONT P. (2004), « Aid and Growth Revisited : Policy,
Economic Vulnerability and Political Instability », in B. Tungodden, N.
Stern, I. Kolstad (eds), Toward Pro-Poor Policies - Aid, Institutions and
Globalization, World Bank/Oxford University Press, New York, pp. 111-131.
AMPROU J., CHAUVET L. (2004), « Efficacité et allocation de l’aide,
revue des débats », Agence Française de Développement,
Notes et Documents n° 6, 146 pages.
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